Umineko no Naku Koro ni

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Umineko no Naku Koro ni

Messagepar Noctis » 04 oct. 2016 20:45

ATTENTION : LES SECTIONS "INSPIRATIONS ET RÉFÉRENCES" et "THÈMES ABORDÉS" PEUVENT SPOILER. SI LE DÉBUT DE LA PRÉSENTATION VOUS A CONVAINCU DE VOUS LANCER DANS LA LECTURE DE CE VISUAL NOVEL, VEUILLEZ NE PAS LIRE LES DEUX SECTIONS MENTIONNÉES !
Présentation
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Umineko no Naku Koro ni (うみねこのなく頃に ou littéralement « Quand les Goélands/Mouettes Pleurent ») est une série de doujin game de type Visual Novel produite et éditée par le cercle amateur 07th Expansion et écrite par Ryūkishi07. Bien que le jeu appartienne au genre du Visual Novel, il est décrit comme un Sound Novel par 07th Expansion. Publié sur PC le 17 août 2007, lors du Comiket 72, le premier jeu intitulé Legend of the Golden Witch prélude à une série qui s’achèvera le 31 décembre 2010, lors du Comiket 79, sur le huitième épisode intitulé Twilight of the Golden Witch. La série s’est par ailleurs déclinée sous plusieurs formes dont le manga, le roman, l’anime et le Drama CD.

Précédé par Higurashi no Naku Koro ni et Higurashi no Naku Koro ni Kai, Umineko no Naku Koro ni est le troisième titre de la série. Il est également bon et nécessaire de préciser que, à l’instar d’Higurashi no Naku Koro ni, les huit épisodes qui composent Umineko sont divisés en deux titres de quatre épisodes chacun : Umineko no Naku Koro ni et Umineko no Naku Koro ni Chiru (うみねこのなく頃に散 ou littéralement « Quand les Goélands/Mouettes Pleurent : Dispersion »). En effet, les quatre premiers épisodes présentent le décor et introduisent le joueur aux mystères des meurtres commis sur l’île Rokkenjima et de la légende de la sorcière d’or ; de la même manière que les quatre premiers épisodes d’Higurashi, le joueur est confronté à de nombreux mystères et peu de réponses lui sont données ce qui l’oblige à forger ses propres théories. La seconde partie plonge au cœur des mystères, apporte des éléments de réponses aux questions levées dans les quatre premiers épisodes et continue l’histoire mais, à la différence d’Higurashi qui apportait des réponses, Chiru ne prodigue ici que des faisceaux d’indices sans jamais donner une réponse nette et précise aux grandes questions de l’œuvre. Il appartiendra donc au joueur seul de se faire une idée et tirer les bonnes conclusions.

Umineko no Naku Koro ni est un Visual Novel linéaire que l’on qualifiera de « passif », c’est-à-dire que le jeu se présentera principalement comme une suite de fenêtres de dialogues textuels où le joueur ne sera quasiment jamais sollicité, à l’exception du huitième épisode, et où chaque épisode est la suite du précédent, exit donc la narration dans un désordre chronologique. L’œuvre appartient à la littérature postmoderne et s’inscrit dans une pluralité de genres : romans policier, à suspense, fantastique, d’horreur, du thriller psychologique, à mystère, dramatique et « métafictif » saupoudrée de splatterpunk.

Histoire

En octobre 1986, la richissime famille Ushiromiya se réunit, comme chaque année, sur l’île de Rokkenjima, demeure du patriarche Kinzo Ushiromiya. Cette année est cependant particulière. En effet, Nanjo, le médecin de famille annonce qu’il ne reste plus que trois mois à vivre au patriarche. Cette réunion annuelle se déroulera alors sous le signe de la négociation du partage de l’héritage ainsi que sur l’élection du prochain chef de famille. En plus de la famille Ushiromiya, l’île est également habitée par quelques membres du personnel ainsi que Nanjo, portant le nombre d’habitants présents sur l’île à dix-huit personnes. Peu de temps après l’arrivée des membres de la famille, un typhon se déclare et isole l’île du reste du monde. L’île coupée de la civilisation, survient une étrange série d’événements et les morts se succèdent de façon inexplicable. Les meurtres sont alors imputés à la légendaire sorcière Béatrice (prononcé à l’italienne Béatritché), que l’on dit être la seconde maîtresse des lieux.

L’histoire nous est initialement contée au travers du personnage de Battler Ushiromiya, l’un des petits-fils de Kinzo. De par son rationalisme, il s’oppose de facto au caractère apparemment inexplicable des événements étranges qui frappent Rokkenjima ce qui ne manquera pas de susciter l’intérêt de Béatrice, principale antagoniste de l’histoire. De là, Battler et Béatrice se livreront un duel sous la forme d’un jeu où l’un devra prouver que les événements, qui se sont déroulés entre 4 et 5 octobre 1986, sont l’œuvre d’un ou des êtres humains et que tout peut être expliqué par la logique ; l’autre devra persuader son adversaire que tous ces meurtres sont dus à des événements surnaturels et par conséquent impossibles pour un humain.

L’objectif du jeu consiste donc à déterminer si les meurtres sont l’œuvre d’une entité surnaturelle ou d’un être humain ce qui donne lieu à duel métaphorique entre le roman policier/de mystère et le roman fantastique.

...あぁ、駄目だ全然駄目だ - Aa, dame da zenzen dame da

Umineko no Naku Koro ni est une véritable lettre d’amour, une ode au genre du roman d’enquête. Ryūkishi07 le transcende ici en incorporant des caractéristiques issues d’autres genres et rend hommage à ses muses. On pensera naturellement à Agatha Christie. Comme dit plus haut, l’œuvre opte pour une diégèse linéaire, il est ainsi simple de suivre le déroulement des événements. L’œuvre se veut également passive en ne sollicitant le joueur qu’à quelques rares moments. À titre de comparaison, des visual novels considérés comme actifs sont par exemple la série des Ace Attorney, Corpse Party, Zero Escape ou encore BlazBlue. Néanmoins, que l’œuvre soit passive n’implique absolument pas que le joueur soit inactif. En effet, Ryūkishi07, de la même manière que Béatrice, met au défi le joueur, l’invite à réfléchir, à émettre des hypothèses, à s’interroger si bien que le récit se transforme en une gymnastique mentale pour tout lecteur qui se prête à l’exercice. À vrai dire, le lecteur qui ne joue pas le jeu passe littéralement à côté de cette aventure quand bien même celle-ci reste appréciable, riche et incroyablement profonde.

Il incombera au joueur d’essayer de répondre à trois grandes questions tout au long des huit épisodes qui émaillent l’œuvre. Premièrement déchiffrer l’épitaphe, inscrite sous le tableau représentant Béatrice, donnant les coordonnées où se situe le fameux trésor du patriarche, trésor offert par Béatrice et dont la valeur s’élève à quelque dix milliards de yens. Autant vous le dire tout de suite, il vous sera pratiquement impossible de résoudre cette énigme. Même parmi les Japonais, pratiquement aucun d’entre eux n’a été capable d’y répondre, la faute à des jeux de mots subtils tant sémantiquement que graphiquement. Une connaissance profonde des kanjis est nécessaire pour comprendre les arcanes de cette énigme.

Deuxièmement résoudre l’enquête et déterminer qui est le coupable de cette série de meurtres. Encore une fois un exercice loin d’être une sinécure même pour un lecteur assidu. Il vous est donc conseillé de régulièrement poser sur le papier vos idées et à vous questionner constamment sur vos raisonnements. De nombreux indices sont disséminés au travers des huit épisodes mais pas seulement. Vous pourrez également compter sur les TIPS, une entrée dans le menu regroupant de nombreuses informations parfois utiles ou encore sur les interludes séparant deux épisodes concomitants.

Troisièmement découvrir l’identité de Béatrice, une question capitale dont la réponse vous ouvrira la voie vers la compréhension de toute cette histoire. Théoriquement la réponse à cette question peut être trouvée au bout des quatre premiers épisodes. Néanmoins cette énigme est suffisamment cryptique pour que les lecteurs ne trouvent pas la réponse au terme de cette aventure. Pire, l’énigme est suffisamment absconse si bien qu’il est possible de construire des réponses différentes sans pour autant être fausses. Il appartiendra dès lors au joueur de savoir lire entre les lignes, de discerner le sens dans les circonvolutions, de saisir les métaphores et les allégories, et comprendre le double discours du récit.

Finalement, terminer une première fois Umineko n’est pas suffisant. Une fois avoir répondu à la deuxième et à la troisième question, il est intéressant de refaire entièrement l’histoire afin de constater toute la maestria de Ryūkishi07 mais surtout d’essayer de résoudre chaque jeu en ayant cette fois l’identité de Béatrice en tête. Un nouveau casse-tête aussi grisant que l’élaboration de théories lors de la première lecture.
Ma chère ville natale, une rivière poissonneuse la traverse.
Toi qui cherches la Terre Dorée, descends son cours et cherche la clef.
Si tu descends son cours, tu trouveras un village.
Dans ce village, recherche le rivage que les deux t'indiqueront.
Là-bas repose la clef de la Terre Dorée.
Celui qui met la main sur la clef devra voyager en vertu des règles suivantes.
Au premier crépuscule, offre en sacrifice les six élus par la clef.
Au second crépuscule, les survivants devront séparer les deux qui sont proches.
Au troisième crépuscule, les survivants devront honorer mon nom à voix haute.
Au quatrième crépuscule, creuse la tête et tue.
Au cinquième crépuscule, creuse le buste et tue.
Au sixième crépuscule, creuse le ventre et tue.
Au septième crépuscule, creuse les genoux et tue.
Au huitième crépuscule, creuse les jambes et tue.
Au neuvième crépuscule, la sorcière sera ramenée à la vie et personne ne survivra.
Au dixième crépuscule, le voyage se terminera et tu atteindras la capitale où l'or demeure.
La sorcière honorera le sage et accordera quatre trésors.
L'un sera tout l'or de la Terre Dorée.
L'un sera la résurrection des âmes de tous les morts.
L'un sera la résurrection de l'amour perdu.
L'un sera le sommeil éternel de la sorcière.
Dors paisiblement, ma sorcière bien aimée, Béatrice.
懐かしき、故郷を貫く鮎の川。
黄金郷を目指す者よ、これを下りて鍵を探せ。
川を下れば、やがて里あり。
その里にて二人が口にし岸を探れ。
そこに黄金郷への鍵が眠る。
鍵を手にせし者は、以下に従いて黄金郷へ旅立つべし。
第一の晩に、鍵の選びし六人を生贄に捧げよ。
第二の晩に、残されし者は寄り添う二人を引き裂け。
第三の晩に、残されし者は誉れ高き我が名を讃えよ。
第四の晩に、頭をえぐりて殺せ。
第五の晩に、胸をえぐりて殺せ。
第六の晩に、腹をえぐりて殺せ。
第七の晩に、膝をえぐりて殺せ。
第八の晩に、足をえぐりて殺せ。
第九の晩に、魔女は蘇り、誰も生き残れはしない。
第十の晩に、旅は終わり、黄金の郷に至るだろう。
魔女は賢者を讃え、四つの宝を授けるだろう。
一つは、黄金郷の全ての黄金。
一つは、全ての死者の魂を蘇らせ。
一つは、失った愛すらも蘇らせる。
一つは、魔女を永遠に眠りにつかせよう。
安らかに眠れ、我が最愛の魔女ベアトリーチェ。
繰り返す - Kurikaesu

Comme dit plus haut, l’histoire nous est principalement présentée du point de vue de Battler Ushiromiya. Si le premier épisode nous introduit à l’univers d’Umineko, le jeu ne commence véritablement qu’à partir du deuxième. Le jeu se rapproche d’une séance au tribunal où le camp des sorcières procède à un exposé liminaire et où Battler joue le rôle d’avocat de la Défense. L’analogie est acceptable mais finalement le jeu se rapproche davantage d’un jeu d’échecs, a fortiori quand l’œuvre y fait référence à de multiples reprises.

Comme dit précédemment, tout se résume à une confrontation entre la raison, la logique et la croyance, la magie. Les deux adversaires se battent à coup de raisonnement, d’hypothèses. Les armes sont autant de logiques spécieuses, d’arguments fallacieux, d’apagogies, de raison ou de logique pure, de probatio diabolica, de paradoxe d’Hempel, de logique modale aléthique, de chat de Schrödinger. La diégèse d’Umineko est ainsi assez permissive et se révèle un plaisant et jouissif terrain de jeu pour les logiciens, les sceptiques (au sens philosophique) ou encore pour les zététiciens. Affûtez vos rasoirs d’Ockham car vous ne violerez jamais autant l’énoncé « Entia non sunt multiplicanda praeter necessitatem ». Armez-vous de votre esprit critique le plus élaboré et d’une batterie d’arguments et soyez ouvert d’esprit ou de nombreuses possibilités vous passeront sous le nez et vous vous sentirez agréablement humilié, tancé pour votre suffisance intellectuelle.

Le terme « arme » ici n’est pas du tout galvaudé. Toutes ces créations de l’intellect citées plus haut blessent véritablement les sorcières. Chaque réponse acceptable (notez bien l’utilisation d’acceptable et non correcte) à une scène de crime est l’occasion d’asséner un coup. Le théâtre d’une scène de meurtre est l’occasion d’énoncer une hypothèse ou de demander une confirmation que Battler imposera de répéter à Béatrice. La répétition d’une sorcière est une validation au titre de vérité. Mais toute chose à valeur de vérité est une arme à double tranchant de la même manière qu’avancer une pièce sur l’échiquier peut acculer l’adversaire aussi bien que limiter nos propres déplacements, ce qui pourrait s’avérer fatal postérieurement. Comme le dit si bien Battler : « Checkmate ! »

Inspirations et références

L’œuvre d’Umineko est une marqueterie d’inspirations et de références diverses et variées. Comme déjà mentionné ci-dessus, l’une des inspirations les plus évidentes est sans nul doute le roman policier les « Dix petits nègres », référence du whodunit, d’Agatha Christie qui est cité à deux reprises dans le visual novel. Le parallèle entre l’enchaînement des meurtres ou encore l’épitaphe et la comptine sont autant d’éléments référentiels à l’œuvre de la maîtresse ès roman policier.

L’autre référence patente est le poème « Divine Comédie » de Dante Alighieri. À la manière de Dante, Battler poursuit un long périple au cours duquel il sera notamment guidé par Virgilia afin d’atteindre la vérité au sujet du cœur de Béatrice, comme Dante le sera par Virgile au travers de l’Enfer et du Purgatoire avant d’arriver au Paradis où il retrouvera sa bien-aimée Beatrice. On retrouve ainsi déjà trois références : Beatrice, Virgile et le Purgatoire. En effet, à la fin de l’épisode 1, Battler rejoint un « méta-monde » nommé Purgatorio. Mais les références à la Divine Comédie ne s’arrêtent pas là. La structure du Purgatoire se retrouve dans la construction des dix Crépuscules de l’épitaphe. Dante retrouve Beatrice à la dixième corniche comme Battler retrouve Béatrice lors du dixième crépuscule. Les « Sept Pieux » représentent les sept terrasses du Purgatoire et chaque terrasse représente un péché capital comme chacun des Sept Pieux. Les cercles magiques qui apparaissent à chaque nouveau crépuscule portent également le nom d’une des Sphères du Paradis comme par exemple le Premier Cercle de la Lune qui fait référence à la Première Sphère de la Lune. Au sujet du Paradis, Beatrice conduit Dante jusqu’au dixième ciel, l’Empyrée et le quitte à ce moment-là et Dante est une dernière fois guidé par Bernard de Clairvaux. Ce dernier adresse alors une prière à la Sainte Vierge et Dante finit par s’éteindre en Dieu, « l’Amour qui meut le ciel et les étoiles ». Une scène qui rappelle bien évidemment l’épisode 7 avec le personnage de Clair Vaux Bernardus. Tout comme Beatrice Portinari, surnommée Bice, Béatrice a également droit au surnom de Beato. Dans « Vita nuova », il est dit de « louer la dame », une injonction écrite que l’on retrouve en tant que troisième crépuscule de l’épitaphe. Virgile représente la Raison humaine (Limbo, premier cercle) et Beatrice représente la Révélation divine. Virgile guide Dante dans le Purgatoire et disparaît dans l’Enfer lorsque Beatrice devient son guide vers le Paradis. On retrouve dans certaines chansons et dans le visual novel la phrase « Sans amour, la vérité ne peut être vue » ce qui fait bien évidemment écho à la quête de Battler. Si Battler utilise la Raison et l’Amour, alors atteindra-t-il la Révélation. D’ailleurs, Dante apprend dans le Purgatoire que l’amour influence toutes les actions de l’Homme. Une constatation qui fait écho à une déclaration de Béatrice dans l’épisode 2 à propos d’un personnage. Le chiffre et les multiples de 3 sont des nombres « divins » et il y a neuf cercles en Enfer. Battler dispose également d’une « résistance anti-magie » qualifiée de « Endless Nine ». Dante était un chrétien et Battler porte un crucifix. L’ending de l’anime s’intitule « La divina tragedia ». Enfin, il existe deux Dante : le pèlerin qui éprouve le voyage de l’Enfer au Paradis et le poète qui s’adresse directement au lecteur tout comme le fait le méta-monde d’Umineko et le théâtre des différents jeux, ou tout simplement comme le fait Ryūkishi07 avec nous.

Umineko s’inspire également de traités ésotériques comme la Goetia du Lemegeton et du Pseudomonarchia daemonum pour le nom de quelques démons de l’œuvre. On pensera à Ronove, Furfur, Zepar ou encore Gaap. Il est d’ailleurs intéressant de s’arrêter sur ces quatre démons. Ronove a le pouvoir d’apporter la connaissance des langues et de la rhétorique, chose que le personnage d’Umineko ne manquera pas d’enseigner à Battler. Furfur et Zepar ont, entre autres choses, le pouvoir d’apporter l’amour et d’exacerber les passions, chose qu’ils ne manqueront pas de faire au cours de l’épisode 6. Enfin Gaap a le pouvoir, entre autres choses, de déclencher l’amour et la haine, et prend l’apparence d’un docteur devant des humains ce qui pourrait laisser penser qu’il est la manifestation des falsifications des autopsies de Nanjo.

Si l’influence d’Agatha Christie est prégnante dans Umineko, d’autres auteurs de roman policier ont laissé leur trace dans la construction de l’œuvre, nommément Ronald Knox et Willard Huntington Wright alias S.S. Van Dine. Ronald Knox donne son patronyme à l’inquisitrice Dlanor A. Knox mais également son décalogue, une sorte de registre de dix lois qui essaie de codifier l’âge d’or du roman d’enquête, que Dlanor utilisera comme arme contre les sorcières. S.S. Van Dine donne son nom à Willard H. Wright, l’inquisiteur du groupe SSVD et qui utilisera certaines des vingt règles de S.S. Van Dine. Il est également bon de préciser que l’écriture d’Umineko respecte ces règles. Umineko cite également Higurashi puisque Battler déclare l’avoir lu.

L’anime glisse une petite référence à quelques personnages d’un autre doujin game : Marisa, Alice, Sakuya et Reimu de Touhou.

Un peu plus subtil, on retrouve des références au jeu de tarot. Que ce soit dans les titres de certaines OST (« The First and the Last » ou « The Fool ») ou encore le prénom de Battler qui se réfère au Bateleur du tarot de Marseille. Il est dit que le bateleur contrefait les miracles et incarne le héraut du scepticisme, deux éléments qu’on retrouve bien dans le personnage de Battler. Mais le symbolisme ne s’arrête pas là. Le Fou représente le Premier et le Dernier, on l’appelle également le Mat ce qui ne manque pas de rappeler l’échec et mat du jeu d’échecs – Checkmate – déjà mentionné ; il représente également la perfection. Sur Wikipédia, l’on retrouve à propos du symbolisme du bateleur :
Un jour, on ne sait pourquoi, le zéro, le mat, le fou, sort de sa coquille de son cercle et de sa perfection pour s'incarner. Il devient le chiffre 1, l'unité, l'être premier l'apparence première de toute chose. C'est la naissance.
Cette carte représente un être encore absorbé par les apparences et les illusions. Le bateleur est la jeunesse créative, l'innocence infantile, la spontanéité, la verdeur, mais aussi le manque de profondeur et d'expérience. C'est aussi l'idée première, le surgissement avant l'œuvre, ce qui est beau en apparence mais qui doit passer par tout le cycle des tarots pour devenir « le monde » (le dernier arcane majeur). Cette lame marque le tout premier pas.

Cette lame est aussi puissance en tant que possibilité de toute unité. N'être qu'un, c'est être encore entier, ne pas avoir été divisé par la confrontation avec la réalité ; être enfant c'est encore être innocent, pas encore contaminé par les complexités de la vie adulte. C'est la promesse du futur, celle de l'idée créatrice pure, idéale, potentielle, mais non réalisé, transmuté : tout est à faire, à découvrir et à apprendre.

Ainsi le bateleur est la jeunesse et le premier pas dans la vie, l'abondance d'idées, et les vues nouvelles sur les choses. Cet arcane signe aussi le manque de profondeur et la nécessité de la transmutation alchimique du « jeune-initié-qui-parle-beaucoup » (qui ne connaît qu'en apparence, inexpérimenté). Dans d'autres versions du tarot, le bateleur est souvent représenté comme Hermès, ou Mercure, soulignant le côté initiatique de cette lame : l'accès au savoir secret, hermétique.

On remarque également l'alternance des couleurs de son habit qui témoigne de l'indécision, du chaos primordial, où toutes les pensées et actions s'enchaînent de manière désordonnée, tel un esprit encore sauvage qui passe d'une pensée et d'une émotion à une autre, tel un singe sautant d'arbre en arbre. Le chemin futur jusqu'au monde (arcane XXI) sera cette quête vers l'harmonie, la conscience et la réalisation de l'être (la "bodhicitta", diraient les bouddhistes).

Sur la table sont également disposés une besace ouverte, symbole de réceptacle, d'avidité de savoir et des dés jaunes représentant la part d'irrationnel, de chance, mais également l'aspect ludique : la vie est comme un jeu – à nous d'en déchiffrer les règles et d'en découvrir le but.

Sa position corporelle démontre que c'est une lame active (il est debout) mais indécise (ses pieds vont à droite et à gauche). Son regard va vers le passé (à gauche), car l'initié se pose avant tout la question "d'où viens-je ?". Toutes les clés de son avenir sont dans son antériorité. On peut y lire soit une référence au karma (loi de cause à effet) qui détermine le présent, soit une référence à la question des origines, chère aux psychologues.

Carte éminemment positive, puisqu'elle signe le renouveau, le départ. Mais comme tout départ, c'est aussi le commencement d'une nouvelle chose, où il n'y a que ouï-dire, et pas d'expérience ; où tout est à faire, tout n'est encore que promesse, idée, rêve, fantasme et parole.
Tout ceci fait immanquablement penser au personnage de Battler et à sa progression jusqu’à la vérité qui se cache derrière ces meurtres et Béatrice. D’un point de vue iconographique, le Bateleur porte un chapeau en forme de lemniscate, symbole de l’éternel recommencement qui fait naturellement penser aux cycles qu’il vit au cours de l’aventure. Mais il manque encore quelques éléments relatifs au fou. Il est dit notamment que ce dernier recherche et estime la beauté, encore un trait de caractère de Battler. Le fou est également accompagné souvent par un chien, représentant tantôt ses instincts primaires tantôt l’appel du monde réel. Ce dernier point fait inévitablement penser à Ange.

Enfin, dernier point à aborder, les différents lieux qui ont servi de base à la création de l’île de Rokkenjima. Plusieurs sites se sont occupés de faire les différentes comparaisons. Pour ceux qui ont déjà fait le visual novel ou vu l’adaptation en anime, vous pourrez retrouver quelques liens plus bas pour constater le niveau d’inspiration. Commençons par le Kyuu-Furukawa Teien (旧古河庭園), une résidence de style occidental, inspiré de l’aristocratie anglaise, située dans les jardins de Kyuu-Furukawa qui aura servi de base à tout l’extérieur de la maison des hôtes. Le jardin occidental, quant à lui, aura servi de référence au jardin des roses. Fait intéressant, on y trouve également un jardin japonais dont l’étang représente l’idéogramme 心 signifiant « kokoro » ou le cœur en français. Coïncidence ? Je ne crois pas. Deuxième bâtisse importante le Kyuu-Maeda Koushaku Tei (旧前田侯爵低) situé dans le parc de Komaba, pas très loin de l’université de Tokyo. Enfin le Bluff 18 Bakan, situé dans le jardin italien de Yamate, a servi de modèle pour l’intérieur de la maison principale et secondaire réservée aux invités. Voici quelques liens pour se faire une idée : ici, ici et ou encore .

Thèmes abordés

Umineko no Naku Koro ni est un profond discours socratique soigneusement élaboré par Ryūkishi07 au cours duquel le joueur impliqué plongera dans une intense introspection sur un concept fondamental des valeurs morales humaines. C’est bien simple, il est ici question de nous interroger sur le fondement et la nature même de la vérité. Qu’est-ce que la vérité ? Peut-il exister plusieurs vérités ? Si plusieurs vérités peuvent exister simultanément, peuvent-elles réellement coexister ? Ou deviennent-elles alors automatiquement des mensonges ? Une vérité est-elle forcément véridique ? La vérité importe-t-elle vraiment ? Peut-on vivre avec ou sans ? La vérité est-elle bien, est-elle bonne ? Doit-on l’atteindre ? Ce sont autant de questions auxquelles nous soumet l’œuvre de Ryūkishi07. Le lecteur ou le joueur se retrouve ici devant le questionnement de ses perceptions à l’instar du personnage de Battler. Qu’est-ce qui définit le vrai du faux et comment peut-on le distinguer ?

L’œuvre nous fait vivre une partie de cette épopée intellectuelle et philosophique par le truchement de Battler et nous fait quelques propositions éclairées à l’aulne de nos savoirs. Ainsi, à mesure que se déroulent les différents épisodes de l’histoire, Battler finit progressivement à douter des déclarations et des événements dont il est témoin ou qui lui sont rapportés si bien que cela le confine finalement à une forme de solipsisme (ou de pyrrhonisme même si j’en doute personnellement ici). On peut par ailleurs constater qu'en dépit d'une focalisation zéro, lecteur n'est pas omniscient. Cette posture peut rappeler à plus d’un titre le doute hyperbolique de Descartes, fondement du cogito (le fameux cogito ergo sum), mais l’analogie est rapidement invalidée puisque la proposition ne répond pas au fondement de la réalité absolue de la substance pensante de Descartes. Aussi, cette idée de solipsisme est rapidement remplacée par la raison du personnage de Battler ce qui le rapproche en définitive bien plus du rationalisme et dans une moindre mesure le scepticisme et le relativisme.

La rhétorique de l’œuvre va pourtant encore plus loin et l’on sent assez aisément que la pensée nietzschéenne est prégnante. On peut ainsi résumer assez bien le discours d’Umineko par l’aphorisme de Nietzsche : « Les faits n’existent pas, il n’y a que des interprétations. » Nietzsche considérait que la science elle-même était une interprétation : les vérités scientifiques résultent de simplifications, qui permettent aux hommes de se rassurer. Mais ces vérités ne peuvent décrire le réel dans sa complexité, dans sa mobilité, dans sa diversité, etc. Ainsi les hommes créent leurs valeurs. Ils préfèrent le bien au mal, la vérité à l’erreur, leurs instincts les contraignent à préférer la vérité et le bien. De la même manière, nos perceptions façonnent une vision du monde, une réalité, sans que celle-ci ne soit absolue. Tous ces biais déforment la Vérité et nous fourvoient dans sa quête. Sans inventer de nouvelles valeurs, nous versons dans le nihilisme. Cette idée fait directement écho au personnage d’Ange Ushiromiya. Mais le nihilisme s’illustre également d’une autre manière. Avec sa vision, Nietzsche s’opposait de facto aux principes de Platon (on pense notamment à l’allégorie de la caverne) qui rendait la vérité absolue, stable et universelle alors que le philosophe allemand considérait la réalité du monde comme en perpétuel changement et pétrie de contradictions. Nietzsche s’était escrimé à détruire les illusions des hommes tout comme Battler s’évertue à défaire les énigmes de Béatrice. Nietzsche s’opposait à la création d’un Dieu pour donner du sens aux choses et surtout aux souffrances ; cette idée est incarnée par la figure divine des sorcières et la lutte de Battler pour prouver leur inexistence.

Hormis le discours philosophique que tient Umineko, d’autres thèmes ont le mérite d’être traités. Ainsi le deuil est l’un des thèmes importants où l’on suit l’évolution touchante d’un personnage en particulier, du déni à l’acceptation, et dont la leçon devrait en aider plus d’un dans la vie de tous les jours. De même, l’œuvre traite également de l’étiologie et de l’ontogénèse de l’espoir et du désespoir et pose la question de savoir si l’espoir est finalement un péché, un poison et s’il réside dans le Mal. Enfin un sujet sémiologique sur la magie, qu’est-ce que la magie en fin de compte ? Ma réponse est peut-être naïve mais, à mes yeux, il s’agit tout simplement de l’Amour capable de voir au travers des apparences et des cœurs, de pardonner les mensonges et les erreurs, de comprendre et de croire puisque l’Amour transfigure tout.
Il doit sans doute y avoir d’autres thèmes, n’hésitez donc pas en parler.

Musique

Les musiques d' Umineko ont été créées par une variété d'artistes, aussi bien professionnels qu'amateurs, et par Dai, le compositeur de la plupart des musiques que l'on peut trouver dans Higurashi no Naku Koro ni kai, qui était aussi impliqué dans le projet en tant que directeur musical. Le générique de début des quatre premiers chapitres s'appelle "Umineko no Naku Koro ni" (うみねこのなく頃に?), composé et interprété par Akiko Shikata et qui est sorti au Comiket 74 le 15 août 2008, puis pour le grand public le 29 août 2008 chez Frontier Works. Le générique de début des chapitres d'Umineko no Naku Koro ni Chiru est "Occultics no Majo" (オカルティクスの魔女, Okarutikusu no Majo?) par Ayumu de Zwei, le générique des crédits de fin est quant à lui "Tsubasa: Hope" (翼~hope~) par Rekka Katakiri.


Adaptations

Suite au succès du visual novel, Umineko s’est décliné sous plusieurs formats : manga, anime, Drama CD, roman et même un show sur une webradio. L’adaptation anime compte 26 épisodes, recouvre les quatre premiers épisodes du VN et a été produite par le studio d’animation Deen, qui avait notamment réalisé l’adaptation du visual novel Higurashi no Naku Koro ni. Malheureusement, à la différence de l’adaptation d’Higurashi, le traitement d’Umineko se révèle désastreux et il ne faut pas la visionner à moins d’avoir déjà terminé le visual novel. L’adaptation en roman, quant à elle, est réalisée par Kodansha Box et se poursuit toujours ; elle compte actuellement treize volumes, retranscrit les événements jusqu’à la moitié de l’épisode 7 et devrait se conclure au seizième volume. Enfin l’édition de l’adaptation du manga revient à Square Enix et est l’œuvre de six artistes différents travaillant chacun sur l’un des arcs ; le manga compte neuf volumes au total. Il est néanmoins déconseillé de le lire en premier du fait qu’il distille beaucoup trop d’informations qui gâchent le travail d’enquête.
Umineko no Naku Koro ni ne vous laissera pas indifférent !
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Darki
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Re: Umineko no Naku Koro ni

Messagepar Darki » 05 oct. 2016 11:38

Aaaaaah, les When They Cry...

Je les aime tant, je les adule tant, j'ai tant voulu en parler mais sans jamais avoir pu trouver tous les mots justes et suffisamment forts, puissants, pour bien expliciter tout l'amour et la passion que je possède pour ces deux œuvres...

Tu as parlé avec une assez incroyable verve d'Umineko mais je ne pourrais pas manquer d'évoquer également dans le même temps son grand frère. Il est antérieur, peut-être à certains abords plus expérimental et "moins fou" (quoique, cela dépend en quoi) mais il est tout aussi extraordinaire à mes yeux, tout aussi personnel de la part de l'auteur.

Pour moi, ces deux œuvres forment un tout, indissociable et profondément marquant. Elles se ressemblent tout autant qu'elles sont différentes mais au moment de les achever, au moment de quitter ces univers qui nous ont happé si longtemps et si profondément, un même sentiment prédomine, une infinie mélancolie et une tristesse inconsolable. Ces deux œuvres m'ont touché au cœur comme bien peu ont pu le faire depuis que je respire sur cette bonne vieille terre.

Je ne peux véritablement ajouter beaucoup d'éléments à ce que tu as déjà très bien dit.
J'encourage vraiment du fond du cœur tout le monde à lire Umineko no Naku Koro Ni ainsi que Higurashi no Naku Koro Ni, et possiblement ce dernier avant, bien que cela ne soit en rien une obligation de compréhension.

Umineko... Vraiment, lisez-le, investissez-vous corps et âme dedans, osez répondre à l'appel de la Sorcière Dorée et tentez de résoudre tous les mystères de cette île maudite. Rarement votre âme de lectrice/lecteur ne sera autant malmenée que dans ce roman visuel.
Attention toutefois, l'œuvre est longue, très longue, très très longue et tout en anglais qui plus est.
Oh et surtout ne vous renseignez pas trop en dehors. La tentation est bien grande, tant la longueur de l'œuvre peut donner le tournis, mais le frisson de la découverte et de la recherche personnelle sont inestimables ici.

Pour aborder désormais le fond de l'oeuvre, tu as déjà avancé beaucoup d'éléments majeurs, dont certains que j'ignorais, notamment le rapport au Bateleur dans le tarot, très intéressant et finalement totalement représentatif du personnage et de la situation.
Pour le reste, le jeu en parle lui-même ouvertement ; des démons, de Knox et Van Dine, d'Agatha Christie, de la Divine Comédie, de Dieu, etc.

Tu l'as dit, la Vérité est au centre de tout. Tout autant que l'Amour et ses retombées. Tellement d'autres éléments sont avancés, parfois subtilement, parfois frontalement, avec toute la violence des sentiments et des ego : les relations familiales dans leur globalité (quelle famille, les Ushiromiya...), les relations de couple (Natsuhi et Krauss, Eva et Hideyoshi, Kyrie et Rudolf) la violence faite aux enfants (pauvre, pauvre Maria...), la notion de confiance en l'autre, l'espoir, l'importance de l'Histoire, le rapport au divin et en toutes sortes de croyances, toutes les notions de vérité et le rapport de tout un chacun avec cette vérité...

Et j'en omets tant et tant. Tant d'éléments tissés en toile de fond d'Umineko qu'il me paraît impossible pour quiconque le découvre de ne pas être touché par au minimum quelque chose. Le merveilleux Tome 4, avec les remises en cause permanentes d'Ange et sa lutte interne autant que réelle avec elle-même, son héritage, ses rapports avec sa famille, sa quête de vérité, son rapport à la magie, ses rêves, ses espoirs, ses désillusions sont une magnifique mise en avant de tout ce foisonnement d'idées, de questionnements incessants et fascinants qui jalonnent l'œuvre.


Toutefois, c'est terrible. Je me rends compte actuellement que je me trouve toujours et sans doute indéfiniment dans l'incapacité réelle de décrire suffisamment bien tout ce que cette œuvre m'inspire. C'est impossible.

Je pourrais parler des personnages, tous magnifiquement bien écrits et passionnants ; parfois il est vrai un peu construits sur des dualités Bien/Mal redondantes mais globalement tous incroyables.

Je pourrais parler de l'intrigue, tellement fascinante, tellement bien ramifiée, toujours passionnante, toujours étonnante, aux rebondissements incessants et aux indices savamment disséminés aux quatre coins de l'oeuvre, de la première à la dernière seconde.

Je pourrais parler du fait que chaque Tome apporte des nouveautés, des remises en question permanentes, des chambardements fous, qu'ils sont chacun une sorte d'histoire à part entière dans un tout commun tissé avec un soin maladif comme la plus inextricable des toiles d'araignée (kssshhh EVA-BEATRICE kssshhh). Une fois entré dans cet univers, il est bien difficile d'en sortir.

Je pourrais parler des affrontements, des Battle of Wits, aussi follement imaginatifs et intellectuellement satisfaisants dans le fond que très impressionnants à s'imaginer réellement.

Je pourrais parler de la forme du récit (voire des formes), certes souvent assez pauvre littérairement parlant voire parfois assez confus et premier degré (la description des meurtres, yum) mais qui atteint à mes yeux un éclat de génie absolu grâce à ces nombreux niveaux de lecture venant s'ajouter à la "réalité" (mais l'est-ce vraiment ?), ainsi qu'à l'utilisation des Red Truth et Blue Truth, venant transcender la réalité du livre et impliquant le lecteur au cœur même du récit. Quelle idée extraordinaire que celle de ces Red et Blue Truth !

Je pourrais parler de la Vérité, la vraie, la réelle, celle de la Tea Party du Tome 7, qui continue de me glacer le sang et me décevoir plus que jamais tant elle est hideuse, vile, médiocre, basse, immonde et, de ce fait, tellement humaine, bien malheureusement.

Je pourrais parler des mystères, tous si intrigants, si difficiles à résoudre (j'ai personnellement lamentablement échoué pour l'épitaphe et pour comprendre qui était Béatrice même si j'ai compris pas mal d'idées dans le Tome 6 !). Toutes ces Closed Rooms reliées entre elles, tous ces mystères se recoupant et parfois s'opposant entre Tomes, créent un fil rouge nous donnant constamment envie de continuer, de chercher et comprendre d'avantage. A ce titre, je trouve personnellement les Closed Rooms d'Umineko vraiment intéressantes, même si assez clairement différentes de celles d'un roman mystère traditionnel. Il s'agit surtout ici d'une ode, d'un respect constant aux classiques du genre, afin d'en tirer une interprétation de l'auteur toute personnelle et bien étonnante.

Je pourrais parler de l'essence même de la magie, ce que la magie implique. De sa beauté, sa dangerosité, l'espoir et les désillusions qu'elle porte en son sein.

Je pourrais parler de Beatrice, cette Sorcière fascinante autant que cruelle et dangereuse, folle et pourtant si émouvante. Celle par qui tout arrive et à laquelle tout se relie.

Je pourrais parler d'Ange, ce personnage infiniment dramatique et la vraie raison d'être de tout cet univers. Son évolution rythme concomitamment celle l'œuvre et nous grandissons, en tant que lecteur et être humain, autant qu'elle.

Je pourrais parler de cette terrible famille Ushiromiya, gangrenée par ses personnalités fourbes et menteuses et pourtant qui sait porter en elle l'amour et la confiance. Natsuhi (ah que j'aime Natsuhi), Eva (ah, que je "déteste" Eva), Kyrie (ah, que je l'ai aimée), Rosa (grrrrrrrrr), Kinzo (Ooooooooooooh!!!!), Maria (*peur* et awwwwww), Jessica, George... Autant de personnages marquants et si criants d'humanité (et par extension d'inhumanité) qu'ils me semblent encore aujourd'hui toujours bien réels.

Je pourrais parler de Bernkastel, Erika, Lambdadelta, Featherine, Ronove, Virgilia, Gaap, Zepar, Furfur ; toutes ces Sorcières, tous ces démons, ces personnages fantastiques fabuleux, tous si intéressants et marquants. Mention vraiment toute particulière au trio Bernkastel, Erika et Lambadelta, qui portent nombre de passages à bouts de bras tant elles sont fascinantes et démentes au point le plus absolu.

Je pourrais parler de Dlanor et Will, personnages imprégnés d'un charisme absolu et les porteurs de cet amour qu'a l'auteur pour le genre du roman mystère et policier.

Je pourrais parler des musiques, toutes absolument magnifiques, composées par un très large panel d'artistes ayant réussi à mes yeux à insuffler une âme réelle à cette bande sonore et ponctuer chaque moment d'une mélopée marquante et bien adaptée. Cela fait bientôt deux ans que j'ai lu Umineko et je continue de l'écouter au moins une fois par semaine, je pense que cela veut tout dire.

Je pourrais enfin parler de cette personne dont on ne doit parler, de ce personnage qui est la base-même de cet univers, qui est le fondement de tout. Ô combien son histoire m'a ému, plus que quiconque. Ô combien son destin est tragique, ô combien ce personnage et ce que son existence implique son vraiment incroyables à mes yeux.

Je pourrais parler encore infiniment d'Umineko no Naku Koro Ni.

Mais malgré tout cela, je ne pense pas pouvoir en parler suffisamment bien et mettre en avant tout ce qui m'a marqué en son sein, pour rendre complètement hommage à l'œuvre et à son génial créateur, Ryukishi07. S'il sait malheureusement parfois faire le beauf japonais de bas étage (l'humour de Higurashi et Umineko, parfois, est vraiment navrant), c'est avant tout un écrivain, un scénariste, un dialoguiste, un philosophe et un être humain fascinant et au talent inestimable.

Cette œuvre m'a marqué, m'a ému aux larmes tant de fois, m'a fait énormément réfléchir et m'a sans aucun doute appris beaucoup de choses, sur moi-même, sur les autres et sur le monde qui nous entoure.
Je ne sais pas si la magie existe réellement. Mais comme l'avance le message premier du jeu, cristallisé parfaitement dans sa fin magnifique, tant que l'on veut y croire et que l'on a de raisons pour y croire, elle existe. De ce fait, pour moi elle existe. Et elle m'aide à continuer à vivre chaque jour. A chacun de trouver la sienne, sa magie, sa force de vivre et d'aller de l'avant, ses raisons de croire en la vie et en autrui.
Le plus beau message d'Umineko reste encore celui que l'on en retire personnellement, tant l'ouverture d'esprit et aux esprits de cet écrin de vie est belle.

Pour conclure ce pavé sans queue ni tête (je m'en excuse, vraiment), je souhaiterais conclure, comme tu l'as joliment fait avec ta Gold Truth (que je partage totalement), sur la plus belle citation de l'œuvre à mes yeux :

"Without Love, it can not be seen".
« Vie... Rêves... Espoir... Ces notions insignifiantes... Je les détruirai toutes ! »
Darki, Incarnation divine du Chaos
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Re: Umineko no Naku Koro ni

Messagepar Tizona » 05 oct. 2016 15:40

Eh bien, quelle dense et généreuse présentation, bel hommage pour les 30 ans des événements de cette chère Rokkenjima !

J’imagine qu’au vu de mon avatar (qui incarne, par ailleurs, un de mes personnages préférés, parmi la vingtaine d’autres que j’adore), il serait indigne de ma part de ne pas participer à ce topic. Difficile d’improviser un petit quelque chose qui a du sens (spoiler, il n’en aura pas), mais vite, on est le 5, autant respecter l’hommage !

Il m’en a fallu du temps, à l’époque, avant de me lancer dans cette aventure. Néophyte dans la discipline et relativement sceptique quant au medium envers lequel j’entretenais quelques réticences sur les motifs fréquemment présentés dans beaucoup de Visual Novels : structure en harem, passages douteux et autres fantaisies ; j’ai cédé il y a maintenant plus d’un an à la lecture de cette massive œuvre, sur les encouragements de Darki. Rassurez-vous, heureusement, Umineko No Naku Koro Ni n’est pas cela, et c’en est génial !

Ma principale appréhension reposait surtout quant au côté « hybride » du medium, le croisement entre ludique et écrit, écrit que je craignais assez anecdotique en termes de qualité d’écriture. Ce n’était pas par élitisme ou esthétisme pur en ce qui concerne les lettres, mais je dois avouer quand même être attachée à certains codes littéraires. Tout le monde ne peut s’improviser « auteur », c’est pourquoi malgré mon amour de l’œuvre, j’aurai toujours tendance à dire que Ryukishi07 est un excellent scénariste et conteur (ce qui n’est pas un mauvais point, bien au contraire !). Toutefois, forcément, en termes d’écriture brute et formelle, il faut s’attendre à une écriture relativement simpliste et avec peu d’intentions littéraires à proprement parler, et croyez-moi, c’est tant mieux. Le style est relativement limpide et fluide, il ne s’encombre pas de fioritures qui gêneraient la compréhension et alambiqueraient la forme. Il y a déjà énormément de texte et des passages assez complexes. Pour les lecteurs du dimanche, n’ayez donc crainte, ça se lit comme du petit lait, si tant est que vous maîtrisiez la langue des Brontë ! Et quand bien même vous ne seriez pas des experts en la matière, le vocabulaire est assez simple, et nul doute que la densité du texte vous rendra fier (autant vous que votre professeur d’anglais) d’avoir lu autant !

Une fois que vous aurez passé la première heure d’exposition, vous serez indubitablement plongé dans cette folle épopée, cette fresque aussi humaine qu’inhumaine avec la magie (et ce n’est pas peu dire) de ces fameux page-burner, ces livres emplis de suspense dont vous ne pouvez poser l’épaisse reliure sans découvrir tous les rouages du scénario ! Si les longs dialogues du début vous découragent un peu, ne perdez pas motivation et allez un peu plus loin, au moins lorsque les premières goûtes de sang commencent à couler :3

En ce qui me concerne, j’ai tout de suite été emportée par le récit. Soyons clairs, c’est surtout la structure policière du début qui est attirante, cette fascination que l’on peut avoir à chercher le plausible, tout en ne pouvant s’empêcher d’évoquer le mystique. Le deuxième tome vient comme une libération devant toutes ces possibilités du premier qui, je vous avoue, sont assez effrayantes, surtout lues au beau milieu de la nuit, dans le noir (le vécu parle). Les multiples points de vue, le bouquet de personnages qui se fleurit à progressivement vous font vivre une expérience à chaque fois différente et mémorable. Il y a toute cette dimension d’appréhension, de prévision dysfonctionnelle qui, malgré vos attentes, vous prendra à chaque fois à revers pour vous secouer davantage. Cela a pour premier effet de jouer les ascenseurs émotionnels sur les nombreux passages très forts qui ponctuent les différentes parties de l’œuvre. Des combats épiques, aux passages poignants, aux événements cruels et injustes, Umineko en fait voir de toutes les couleurs, aux personnages comme aux lecteurs (et en plus, ça rime). Si vous êtes séduit par le début de l’œuvre, il y a peu de chances que vous lâchiez prise de sitôt.

Qui plus est, vous pouvez compter sur la ribambelle de personnages pour vous accrocher au Visual Novel. Car au bout de quelques dizaines d’heures nécessaires à la lecture de l’œuvre, on s’y attache, à ces personnages, mine de rien ! Aussi nombreux soient-ils, l’œuvre prend le temps de nous faire découvrir les multiples facettes de ces personnalités, que l’on adore, que l’on déteste, ou que l’on adore détester. Et la fin de l’œuvre, finalement, sonne également le deuil que nous, en tant que lecteurs, devons faire de ces personnages tant que cette histoire. L’étonnante galerie des personnages, leurs interactions, leurs motivations en font des acteurs très nuancés de ce macabre théâtre. Il est très difficile de n’en citer que quelques « mémorables » quand tous sont aussi marquants ! Très vite, l’on se rend compte qu’il ne s’agit pas d’un ou deux personnages principaux, mais de pléthore de personnages qui se succèdent, contribuent au déroulement du fil de l’intrigue, y dévoilent leur sombre face, qui virevolte parfois avec certains accès de lucidité. Tel que le plateau de jeu autour duquel Battler et Beatrice s’affrontent férocement, chaque personnage a sa place, son importance, son rôle : la mystérieuse famille et ses servants, les sorcières, méfiez-vous de tout le monde !
Et nous, nous participons à de nombreux « actes » de cette famille atypique, comme un membre à part entière. Nous assistons aux drames, aux discussions, aux bêtises et parfois aux échecs de certains des acteurs, impuissants. Car après tout, si la « durée de vie » de l’œuvre s’étend sans souci bien au-delà de la cinquantaine d’heures, vous n’assisterez « qu’aux » événements d’une famille, à ses histoires oubliées, à ses disputes, à ses drames et à tout son microcosme aux passionnants rebondissements… Une famille normale ou presque, somme toute.

Rétrospectivement, et si je devais pinailler, je regrette parfois les nuances un peu trop prévisibles et franches de quelques personnages, toutefois, ce n’est pas vraiment gênant dans la lecture puisque le récit joue plutôt sur le motif des « twists » avec ces nuances. J’ai également quelques regrets sur le personnage de Battler que j’apprécie beaucoup, mais dont je trouve le développement un peu en dents de scie ; peut-être à cause de son appréhension que je trouve quelque peu « shounen ». Ce qui m’a beaucoup surprise, c’est que si l’on compare à la galerie impressionnante des autres personnages et du talent de Ryukishi07 pour les dépeindre, je trouve que Battler est assez peu développé dans sa personnalité et que cela se ressent à certains passages. En effet, même au début, on a relativement peu d’indices quant à ses ressentis, à comparer avec les autres personnages. Contrairement à Ange où le tome 4 pousse très loin les explications quant à sa propre perception de la magie, on ne saura jamais vraiment pourquoi Battler s’oppose si farouchement à la magie, et l’argument des romans policier n’est pas très crédible quant à sa fougue en ce qui concerne le mystique. J’ai également eu un peu de mal à comprendre son personnage dans le tome 5, notamment après ce qui c’était passé dans le tome précédent. Enfin, rien de bien grave, et je trouve qu’il demeure un personnage très accessible dans sa proximité avec le lecteur.

Au-delà des différents volets de l’histoire, au nombre de huit, s’étend un ekphrasis dont les différentes facettes du même dé finissent toujours sur un résultat similaire, pourtant, à l’instar de la démarche de Battler, la narration persiste, encore. Nous pouvons relever l’exploit de l’auteur qui effectue à chaque volume un travail similaire « mais pas que », puisque c’est une toute nouvelle expérience qui s’offre à vous, avec ses nouveaux apports, ses révélations (qui prendront parfois sens des volumes plus tard), des nouvelles clés de compréhension. Un travail qui peut paraître simple dans les paramètres de base de forme, mais infiniment compliqué dans la structure et le travail de « construction/destruction ». Ce concept d’ekphrasis est d’autant plus intéressant que contradictoire, car en nous disant beaucoup sur une mince portion de temps (mais en beaucoup de mots), dans les dernières lignes, se posent encore de nombreuses questions dont il convient à nous de chercher ou non les réponses.

La deuxième partie est davantage orientée vers des révélations et explications, tandis que certains tomes abordent parfois des points de vue très différents ; je demeure très marquée par le tome 5 aux retombées scénaristiques à la fois « mesurées » (même si tout est important) mais à l’impact émotionnel très fort et à ce sentiment d’injustice et de cruauté particulièrement prégnant.

Tout au long de votre découverte, vous serez bien sûr accompagnés des très jolies et nombreuses musiques qui rythmeront votre progression, ou parfois, remueront le couteau dans la plaie béante causée par certains passages particulièrement marquants.
Vous pouvez également découvrir l’œuvre doublée par des voix (notamment certaines grandes pointures comme Daisuke Ono, Miyuki Sawashiro, Marina Inoue, etc.). Pour ma part, j’ai fait la première partie sans les voix, et la deuxième avec. Cela donne plus de poids aux dialogues, mais je vous assure que même sans, cela reste tout aussi bien.


Mes collègues ayant déjà fort bien parlé des nombreuses facettes de l’œuvre, je dois bien dire que je n’ai pas grand-chose à ajouter.

En ce qui concerne les références dont Noctis a parlé, je trouve que celles qui sont faites explicitement (la structure assez classique et utilisée un peu partout du huit-clos aux Dix Petits Nègres, le Chat de Schrödinger) demeurent finalement assez anecdotiques et moins « intéressantes » (si ce n’est dans leur apport référencé et qui contribue à poser un cadre quelque peu recherché dans la dimension ésotérique et philosophique), que notre propre appréhension à nous en tant que lecteur. Attention, je ne dis pas que c’est inintéressant, c’est même très plaisant d’avoir plusieurs références documentés dont j’avais connaissance ou non (et donc d’approfondir la recherche à côté), mais cela reste à usage de citation, notamment concernant les Décalogues où l’auteur ne s'effarouche parfois pas à ne pas respecter la totalité des points de ces derniers, du moins les utiliser au moment le plus propice. Ceci dit, les références à Touhou m’ont fait sourire !

La dimension que je trouve vraiment intéressante repose sur la forme et la narration ; où tout le discours socratique dont Noctis, tu parles assez justement prend effet. Pour rappel, il s’agit d’un discours qui recherche la raison par moyen de la maïeutique (« l’Art de faire accoucher les idées »), autrement dit, par l’usage de Socrate (dont je rappelle, la philosophie se basait sur le discours et l’échange vocal) qui consiste à un dialogue entre deux personnes basé sur des questions, qui en entraînent d’autres, jusqu’à découler à un raisonnement logique ou une prise de conscience quelconque. En effet, quant à Umineko, une bonne partie de l’œuvre se construit sur les interrogations de Battler et son rapport à la magie. Au fil des événements, les questions et les possibles réponses s’égrainent, ou sont parfois effleurées pour des possibilités que préfèrent ignorer les personnages. C’est tout ce travail de questionnement, de relation ténue entre vérité, hypothétique et magie qui entretient le récit comme impostes de sa narration.

Finalement, c’est bien plus que ces quelques inspirations explicitées dans l’univers, mais bien de nombreux discours philosophiques qui peuvent intervenir de manière volontaire ou non, on y comprend un peu ce que l’on veut, et c’est bien là le plus important.

On y ressent évidemment un certain dialogue sur le fatalisme, le pragmatisme froid dont on retrouve parfois la douloureuse et décevante trace dans l’univers, la perfidie et les intérêts de certains personnages contrebalancent les nombreux passages de légèreté. Tout ceci sous les yeux de la fameuse dialectique sur la vérité, qui se voit, je trouve, du point de vue de Battler (ou Ange), abordée d’une manière presque antalgique : finalement, par sa volonté de nier la magie tout en cherchant à comprendre, ne cherche-t-il pas à trouver une logique qui lui soit moins douloureuse à atteindre ? Cela rejoint probablement également la thématique du deuil que tu mentionnes justement, Noctis. Sauf que cela induit d’aborder certaines possibilités qui lui sont finalement bien plus désagréables que mentionner de mystiques hypothèses, donc forcément, cela s’étend sur un dialogue, une partie d’échec (dans les deux sens du termes), induisant parfois les plus folles hypothèses, car même acculé, Battler refuse de céder au magique, ou au véritable tragique, n’hésitant pas à retourner le jeu dans tous les sens pour trouver une échappatoire que même lui, je pense, ne sait qu’il ne trouvera probablement pas.


Ce dialogue tout en adéquation de fond et de forme, de plusieurs niveaux de lecture représente une des richesses de l’oeuvre. Lorsque Noctis parle de la Vérité liée à l’Amour, ce qui est aussi un des nombreux messages véhiculés par le Visual Novel, c’est vrai, que ce soit au niveau des personnages, car l’Amour (sous toutes ses formes ; familial, amoureux ou inconditionnel) est une clé, de la motivation de la recherche de Battler, à l’accès d’une appréhension supérieure. Mais ça l’est aussi pour le lecteur, qui, au fil de sa lecture, de son appréciation et de sa meilleure connaissance des personnages, se voit plus en moyen de comprendre les ficelles du scénario, les motivations et ressentis des personnages (ou parfois pas, et de s’en sentir encore plus touché). Il s’agit d’un véritable jeu entre les personnages, l’auteur et le lecteur, qui de pair avec Battler (ou d’autres personnages) cherche à comprendre. A comprendre, mais quoi donc ? Les motivations de certains personnages, ou eux-mêmes, chose qu’il nous est parfois difficilement possible, non pas par la barrière entre le medium et nous, mais par des barrières humaines, de vécu, de fossés qui séparent certains personnages qui ont des raisons que nous ne comprendrons pour certains jamais.

Il est amusant de voir la perception d’Ange quant aux événements de Rokkenjima, tant le concept de theatrum mundi dans sa définition première puis imagée, des masques aux traits forcés que l’on porte parfois à ce genre de rassemblements familiaux se calque sur les différents acteurs de cette histoire.


En fait, je retrouve dans la stratégie active du lecteur comme celle de Battler (ou Ange) une appréhension très propre à certains concepts de Spinoza ou Hobbes (même si je trouve qu’en ce point, ce dernier a une appréhension un peu plus mécanique du concept) (il ne s’agit que de mon avis, n’hésitez pas à me contredire si vous n’êtes pas d’accord) avec son conatus qui privilégie la démarche de recherche sur soi, comme celle de soi parmi autrui (et donc d’autrui, des personnages ici) sur les buts ou désirs que l’on cherche à atteindre (ici la Vérité, qui, selon beaucoup de philosophes et de théoriciens, est un concept détenu uniquement par un niveau supérieur d’existence, donc Dieu). Les différentes possibilités qui rythment les successifs volumes de l’œuvre démontrent que finalement, ce n’est pas tant la Vérité qui est importante, mais ce que l’on en ressort, jusqu’à toucher petit à petit les ficelles de scénario du bout des doigts. Quand bien même, le concept de Vérité dans l’œuvre demeure « humain », palpable, et même si l’on a plus ou moins une explication rationnelle du canevas dans le tome 7, libre à nous comme aux personnages, comme l’encourage l’auteur, de conserver la Vérité que nous désirons. De choisir quelle est-elle, de choisir ce que l’on en fait, dans la réalité véritable. La narration toujours subjective (j’entends, à l’épaule ou du point de vue d’un personnage) ne tend jamais à nous rendre les faits d’une manière documentaire, elle joue donc un rôle primordial dans la lecture du récit.

Hobbes disait également « Bellum omnium contra omnes » ("la guerre de tous contre tous") dans son Etat de Nature, que l’Homme ne pouvait pas vivre dans une quelconque communauté, même familiale sans retourner audit état de nature et avoir recours à la violence, à des conflits « naturels » de pouvoir. Si telle est une des impressions que l’on a lors des nombreuses discordes entre les différents membres de la famille, c’est sans compter sur les nombreux passages de solidarité, de soutien, entre ces mêmes membres. On ressent, comme dans de nombreuses œuvres, le conflit des générations qui ne se comprennent pas, ou n’essaient pas de se comprendre, des relations enfants-parents (que les « enfants » soient adultes ou non), des personnages qui recherchent la reconnaissance de leur pair.

Umineko No Naku Koro Ni, à mes yeux, représente tout autant une fresque assez cruelle et violente de l’humanité (de certains personnages, leurs actions pis que discutables, de la fatalité, du regard de personnages ou d’autrui sur certains) qu’un espoir et une volonté humaniste ; de l’acceptation de soi ou des autres, de l’importance de la famille (bon, notez que ce n’est pas le cas pour tout le monde), de l’Amour. Bref, du long chemin que l’on doit parfois parcourir jusqu’à l’acceptation, ou l’acceptation d’une non-acceptation (dans tout ce qui concerne le schéma magique, par exemple), car à la fin, les dés jetés, nul ne doit regretter de son appréhension, de ce qu’il a compris ou veut comprendre, du moment que c’est une vérité qui lui convient, avec laquelle il peut vivre. Le dénouement, qui n’en est finalement pas vraiment un, je trouve, même s’il répond aux nécessités d’une fin de récit, intervient comme la fin d’un voyage didactique (tel qu’il est certes courant d’en voir partout, surtout dans le domaine fictif vidéoludique ou anime). A l’instar de Candide à la fin de son voyage, qui se voit doté non pas d’une solution, mais de clés de compréhension qu’il a acquises durant son périple. La finalité se voit plus dans la métamorphose de notre perception, faisant passer le niveau de lecture « métaphorique » avant même le dénouement formel du propos ; comme j’ai pu en parler précédemment en mentionnant le conatus.

Umineko No Naku Koro Ni finit en nous laissant sujet à bien plus de questions que de réponses, serait-ce sur l’œuvre, ou sur nous-mêmes, à l’instar de Battler. C’est également par cette démarche active du Visual Novel et par sa narration qui entretient une mince barrière entre l’œuvre et le lecteur (dont a parlé Noctis) que nous nous sentons impliqués dans l’histoire, dans ses dénouements, dans notre propre appréhension et compréhension des messages et des concepts transmis au fil du récit. Peut-être que nous ne croirons jamais à la poudre magique dispersée sur le Visual Novel, attachés à une résolution pragmatique, et c’est compréhensible (mais cela me semble un peu difficile quand même), peut-être que nous y croirons dur comme fer, ou peut-être est-ce que Umineko vous aidera justement à vous éveiller à cela, ce qui serait une merveilleuse chose. Dans la démarche de recherche active du lecteur, à dire vrai, j’ai même été assez déçue lorsqu’on en apprend un peu plus sur les possibles explications pragmatiques (au-delà de certaines choses qui me semblent difficilement possibles, haha) tellement j’avais essayé d’imaginer de folles choses. Mais encore une fois, l’œuvre ne nous impose rien, donc libre à nous de s’imaginer ce que l’on veut.

Car ce qui demeure incroyable avec l’œuvre, c’est qu’elle aura toujours quelque chose à vous apprendre, serait-ce dans les quelques références citées (qui, encore une fois, ne sont pas forcément les plus importantes), ou sur vous-même. Nous retrouvons encore notre ami Socrate et son γνῶθι σεαυτόν (« Gnothi Seauton », « Connais-toi-toi-même ») inscrit à l’entrée du Temple d’Apollon à Delphes, qui indique que toute appréhension, même et surtout celle d’autrui, ne devient concrète ou possible que lorsque l’on prend le temps de se connaître soi-même.


Pour ceux qui sont curieux voire enthousiastes à l’idée de commencer l’œuvre (n’hésitez plus !) chaque épisode est désormais vendu en anglais sur Steam. Ne dépend que de vous de commencer, et si vous appréciez (voire si vous adorez !), de vous prendre la suite ! Je me permets également d’approfondir ce dont Noctis parlait quant aux adaptations notamment celle du manga ; chaque volume ou partie du Visual Novel est recomposé en 4 à 9 volumes en manga de manière assez complète et fidèle, ce qui représente un total de plus d’une quarantaine de tomes que vous pouvez lire à loisir, et qui approfondit même quelques points, notamment à la fin.


Si l’amour peut-être une clé de compréhension, je ne suis nonobstant pas certaine que mon amour de l’œuvre ait donné du sens à ces illisibles circumambulations que je vous impose, mes excuses !

En tout cas, s’il y a des membres intéressés et que vous avez des questions, n’hésitez pas et n’ayez pas peur, ça nous arrive de répondre en moins de 3 pages.

Merci de ton initiative et de ton partage, en tout cas, Noctis <3
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